Autre lettre au spationaute Tognini et Liste de livres par temps confinés, pour ouverture des fenêtres... de l'esprit

 

Pardi ! encore une lettre à vous, spationaute !

 

    « Musique La musique gaie et bruyante (particulièrement les tambours et les cymbales) est porteuse de bonnes vibrations. Au moins une fois par jour, pendant quelques minutes, allumez fortement votre poste de radio ou votre chaîne afin que la musique se répande dans toute votre maison. », lis-je dans ce Soyez Feng-Shui de 2001, en anticipation au « Chapeau ! » à l’adresse musicale des personnels soignants aux fenêtres et aux balcons de France et d’Europe chaque soir à 20 heures…

 

     Ciel ! Cher Monsieur Tognini, hier soir, l’un de vos collègues de l’agence spatiale européenne et qui a été pilote et spationaute tout comme vous - et peut-être avec vous - Jean-François Clervoy était interviewé par le journaliste Bruce Toussaint, sur une chaîne d’informations grand public, qui reconnaissait que l’appellation astronaute s’affichant à l’écran convenait moins et l’invité spécial donnait sa vision et son expérience du confinement, puisque tout là-haut impossible d’aller dans le jardin (gare ! au jardin des étoiles ?!) ou même d’ouvrir la fenêtre (hum prendre l’air de l’air sans air ?!)…

     Bon ! Monsieur Clervoy a proposé cursivement trois grands axes, rappelant bien sûr les différences de situation entre confinement actuel sanitaire et confinement spatial qui a été préparé, voulu, pensé :

    - d’abord la conscience claire de l’objectif, pour nous tous la protection et la solidarité des uns et des autres pour aider, sauver et passer le cap de la crise

     - l’organisation dans le temps ne pas se réveiller le matin en se disant bon que fais-je aujourd’hui ? cela veut dire se donner un programme d’activités, organiser un emploi du temps

    - l’organisation dans l’espace, car le nombre de mètres carrés à partager nécessite des tours de rôle et des aménagements de l’intérieur

 

     Ah ! savoir pourquoi on fait une action aide à mieux l’accomplir et la volonté se tend dans la réalisation du but, du reste, cela est un message, moult rappelé, dans l’Education Nationale depuis des lustres de faire comprendre l’objectif de chaque élément d’apprentissage, donnez, donnons du sens aux apprentissages, formule pertinente évidemment, mais tellement martelée, que son propre sens s’émoussait ou tournait à vide.

     Eh ! à réfléchir et construire avec ceux de la maisonnée l’emploi du temps, construire des journées ritualisées pour activités physiques, gymnastique, arts plastiques, des plages de lectures et d’écritures, en numérique et sur papier, de repos, de repas, de télétravail scolaire professionnel ou associatif, de partage de moments télévisuels, radiophoniques, de ressentis et de projets, de moments de replis dans une bulle, de silences dans la capsule, de consoles « insules » et de la place pour la surprise, la nouveauté, l’adaptation induite par une situation inédite, l’attention, le sens de la responsabilité et la bienveillance, la patience même envers les impatiences des proches et des proches lointains, avec qui maintenir le contact.

     Oh ! profiter pour ranger, faire le tri, repenser l’espace au sol, optimiser l’occupation des murs, retirer ce qui fait obstacle sur les nombreux passages pédestres pour éviter heurts et chutes, une habitation où arrondir les angles de façon à vivre en harmonie avec l’environnement des objets et des gens, en suivant le bien-être et l’équilibre Feng-Shui, pratique chinoise millénaire, à jouer de la répartition heureuse des énergies yin et yang.

   Bien ! Eh bien ! en y réfléchissant… cette manière d’agencer, de meubler, de décorer lieux de vie et de travail, lieux qui se confondent pendant ces temps de télétravail et de confinement, ce Feng-Shui, - que je retrouve d’avoir rangé ma bibliothèque aux merveilles avec un petit opus de la première année du siècle et du millénaire - tout à la fois philosophie, tradition, cosmogonie, symbolique, prend l’exact contrepied de ce qui semble nous avoir valu - depuis le même immense pays la Chine aux multiples inventions depuis l’aube des temps, des premiers feux d’artifice à « l’atelier du monde » et à de nouvelles Routes de la Soie envisagées, mises sur pause ou arrêt ? - l’émergence de ce virus, c’est le déséquilibre total et les mauvais traitements infligés à des animaux empilés vifs, demi-vifs et morts dans des marchés très passants selon une tradition là aussi très ancienne, mais hyper toxique.

    « J’ai ! » Le Feng-Shui, lui, privilégie depuis des temps immémoriaux des formes non agressives, faites de régularité, et promeut, par exemple, les tables sans angles, c’est-à-dire, les tables rondes, chères au roi Arthur et à ses chevaliers et à une discussion plus libre aux décisions partagées.

    Hi ! hi ! Sur le même plateau télévisé, la médecin généraliste Marie-Laure Alby, dixit : « Il nous faut ouvrir les fenêtres intérieurement, si je puis dire »… Si nous ne pouvons ouvrir le hublot de l’avion le temps du voyage ou du satellite le temps d’un séjour orbital, si nous ne pouvons courir les rues et les champs, il est quand même des fenêtres à ouvrir pour s’aérer l’esprit, par rêve, méditation, lectures, romans ou films d’aventure, et envisager le monde d’après la crise, contribuer à réfléchir à changer nos modes de vie pour les améliorer et améliorer le bien-être collectif, retrouver l’élan rimbaldien du « Changer la vie », ou du changer le monde, au minimum lui donner chance de se conserver, retrouver le goût de la quête du sens, d’un monde « melior », qui ne soit pas que cette course de lemmings consommant leur chemin jusqu’à l’abîme.

      Chiche ! En lisant que l’air de ma région Île-de-France n’avait jamais été moins pollué depuis quarante ans (ah encore une quarantaine… et donc depuis 1980, l’année où je préparais mon Baccalauréat de français, riche de poèmes lus et de pièces en vers et proses et de pages romanesques cardinales) avec la baisse drastique des trafics routiers et autoroutiers notamment, je me dis que la mobilisation - martiale ?! vitale ! - pour un développement réellement durable serait un nouveau défi et qu’il ne serait pas inatteignable, car le monde s’il ne vit que de crise en crise, après la crise sanitaire, sera encore dans d’autres crises de société, de valeurs, de choix cruciaux, dont la crise climatique à perdurer et que les vues satellitaires de l’état de la planète avec de soudaines améliorations en quelques semaines ouvrent… des perspectives d’actions et de décisions à prendre ou à faire adopter… les esprits s’ouvrant à de réelles possibilités, un espoir pour les vivants se dessinant concrètement puisque tout n’est pas encore joué de l’avenir de la septième planète visitée jadis par le « Petit Prince », rencontré par Saint-Ex dans un désert, l’écrivain-pilote, en rade avec son avion ailé.

     Ma foi ! Sur une autre chaine, KTO, un philosophe, Fabrice Hadadj rappelle que l’oïkos la maison a donné le terme économie, gestion, administration de la maison et que cette économie pourrait être traitée avec plus de respect pour l’environnement, l’écologie. Il récuse l’opposition classique entre action et parole, rappelant que toute action pour s’accomplir appelle une ressaisie par la parole. « De la supplication à la louange », de la Genèse au Paradis, le verbe est élément essentiel et ne doit pas s’abimer dans de simples données de communication.

     Fi ! défi ! Et si après Marco Polo qui avec son Devisement du Monde  écrivait Le Livre des Merveilles de l’invention entre Italie et Extrême Orient d’une des primes mondialisations et s’en faisait le pionnier et le chantre, il était possible aussi, sans régression hyperconservatrice, d’un retour à la culture de chaque lieu et alentours, pour faire de nous des « locavores » qui ne dévorent pas ce faisant toute l’énergie et les ressources de notre mère la Terre ? en appliquant esprit et ou lettre du « Il faut cultiver son jardin » conclusif du Voltaire par son Candide.

       Ah ! oh ! Alors le Petit Prince nous fera-t-il signe, signes de sa planète ou de son astéroïde, celui qui voulait des dessins et des explications, si nous ouvrons « la fenêtre intérieure » ? si nous poursuivons avec lui et sans lui, avec les conseils des pilotes et des écrivains et des jardiniers et de tous les citoyens de bonne volonté, colibris, chevaux et dauphins, le dialogue avec un Renard et avec une Rose.

     Euh ! Un rayon de soleil toque au hublot, euh à la fenêtre… Et la Bièvre souterraine court essentiellement confinée jusqu’à Paris, jusqu’à la Seine qui s’en va de méandre en méandre, de pont des Arts en pont Mirabeau, du pont au change aux ponts normands, jusqu’à la mer…

      Laurent Dyrek à L’Haÿ-les-Roses au matin du 27 mars 2020. Repris l’après-midi par plein soleil entrant chez nous et qu’il va nous falloir compenser cette énergie yang par l’énergie yin…

 

MTogniniMagDiplomesPhLD20

    Bibliographie par ordre alphabétique des auteurs :

   La Bible, Ancien et Nouveau Testaments

   « Le Pont Mirabeau », in Alcools, Guillaume Apollinaire, 1913. Poème publié qu’on peut aussi entendre avec la voix du poète. Contexte dans Le Paris d’Apollinaire, par Franck Balandier, Editions Alexandrines.

     Romans de la Table Ronde, Chrestien de Troyes, Folio Classiques, Gallimard, 1975.

    Fabrice Hadjadj, L’Aubaine d’être né dans ce temps – pour un apostolat de l’Apocalypse, Editions de l’Emmanuel, 2015. Parmi les titres que j’aimerais lire de cet auteur que je viens de découvrir par … sa parole et sa démarche.

    Marco Polo, Le Devisement du Monde, dit aussi plus couramment Le Livre des Merveilles. / Le Livre des Merveilles de Marco Polo, adaptation par Pierre-Marie Beaude, qui ajoute le narrateur Angelo à bord du navire de Marco.

     « Il a peut-être des secrets pour changer la vie », in Une Saison en enfer, Jean-Arthur Rimbaud.

     Le Petit Prince, Saint-Exupéry, textes et dessins, Gallimard, 1945.

     Soyez Feng-shui au XXIe siècle, Danielle Semelle, Presses du Châtelet, 2001.

     Michel Tognini et Hélène Courtois, Explorateurs de l’espace – Voyage aux frontières de l’univers, 2019, Dunod. Un livre que j’aimerais lire et parcourir en levant la tête à la fenêtre vespérale.

     Romans et Contes, Voltaire, 1778.