JOYEUX ANNIVERSAIRE !

 

                                RENÉ DE OBALDIA 

 

     Nous vous faisons parvenir, cher René, outre un estrambot de 18 mètres et un travail de questionnaire sur votre poème stimulant « Le plus beau vers de la langue française », des messages de jeunes collégiens, en 5e dans un collège de Paris, ils ont entre 11 et 12 ans et s’associent pour vous souhaiter un joyeux anniversaire avec leurs messages festifs où se lit aussi l’admiration pour votre parcours et votre œuvre.

     Ty447 Laurent Dyrek professeur dans un collège du XVe.

PS en question surnuméraire : combien de fois faut-il visiter tous les arrondissements parisiens pour obtenir votre âge ?

 

Les poètes de cent ans estrambot de dix-huit mètres

     Quel âge a-t-on feuilles dans le vent quand on écrit, quand on rime, quand on danse ?

     Quel âge a-t-on boulot chêne roseau ou if quand on est vif et qu’on dit des mots incisifs ?

     Quel âge a-t-on nuages dans un miroir quand on est mort et qu’on a le temps de tous côtés ?

     Est-ce que j’ai sept ans, cent ans ou cent sept ans ?

     Ton âme rayonne-t-elle aussi de voir ce château de briques ?

     Ton âme fait un grand sourire par des huiles, des porcelaines, des portraits, des paysages

     Ton âme prend ou prit ou prendra un coup de vieillesse par des mornes plaines, des horizons bas, des blessures et des vilénies !

     Ton âme semeuse se meurt à chaque fois que les lemmings avertis vont à fond de courses vers l’abrupt !

     Est-ce qu’on remet les compteurs à zéro, les étoiles en nouvelle configuration ?

     Est-ce qu’au rivage de cent sept, on est à nouveau pour la première fois un poète de sept ans – sautant dans les flaques à éclabousser le soleil ?

     Que pense le poète de cent ans quand il se rappelle son roman un-titulé Le Centenaire et que veut dire le mot roman ?

     Est-ce qu’un regard taquin, coquin, malicieux, espiègle sur la vie, les mœurs littéraires et de son temps, de ses temps, de tout son temps, ajoute des jours ?

     Un homme, mort entre temps, m’a dit qu’il était impossible que vous soyez la réincarnation, le René d’Apollinaire, puisque vous naquîtes juste avant sa disparition et non juste après.

     Dans quelque vingt ou trente ans, serez-vous co-organisateur de la fête pour le centenaire de votre fille adepte de courriels aux courses de la terre et du ciel ?

     Vingt-deux octobre ! oh ce jour d’anniversaire et terme de Vendémiaire, le fameux mois-républicain-poème d’Alcools aux vendanges de poésie pour des bateaux ivres et des avions sobres à Port-Aviation ou Issy

     Vous nous amusâtes, vous nous plûtes, vous nous vîntes avec « Le plus beau vers de la langue française » « Le geai gélatineux geignait dans le jasmin », alors que vous êtes l’anti-geindre !

     Quels seraient les conseils que vous donneriez à un jeune dramaturge de cinquante-cinq printemps ou à une jeune poète de quatre fois vingt  automnes – et qui n’osa pas jadis franchir le pas parce qu’écrivait Jacques Prévert ?

     Dans Innocentines, je lis, au beau mille du titre et de la couverture, j’entends inouï le nombre « cent » sur ce pont des mondes passant et repassant

Cent ph LaurentDyrek18

     Texte y442 écrit  par Laurent Desvoux-D’Yrek en Île-de-France en octobre 2018, avant la fin de vendémiaire.

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     En février 2018, j’avais écrit après avoir vu votre pièce Entre Chienne et Loup le poème Estrambot pour D.Galop. Avec ma femme Brigitte Moyon-Dyrek, nous étions venus vous voir cet été, pour vous apporter des recueils de poésie. Nous nous étions bien amusés en prenant des photos « patrimoniales » avec l’affiche « Patrimoine en poésie », je viens du reste de faire participer à nouveau mes collégiens à cette belle opération de poésie. Les deux estrambots de cette feuille devraient figurer dans un livre publié par Unicité avant la fin de l’année sous le titre Au Galop bleu de la beauté, d’après un vers de Calligrammes.

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Estrambot pour D. Galop   Adios ? adios ? / Est-ce que ça veut dire / Abientos ?!

     Docteur Galop / Où êtes-vous à partir / A cheval ou à chevaux ?

     Pour soigner des animaux / Perle rare et par le rire / Des maux de drôles de mots

     Vous passez par les demeures / Des poètes et des heures / Au trot au trot !

     Qui ici-bas, bas / Voudrait aller au pas, au pas / Mais pas trop, pas trop !

     Maître René de O. / Sur votre siècle en haut / A écryre et à lyre !

     Texte y106 écrit dans les Transports franciliens le 8 février 2018.

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Le plus beau vers de la langue française, poème de René de Obaldia, écrivain né le 22 octobre 1918.
     "Le geai gélatineux geignait dans le jasmin" // Voici, mes zinfints / Sans en avoir l'air / Le plus beau vers  / De la langue française. / Ai, eu, ai, in / Le geai gélatineux geignait dans le jasmin... / Le poite aurait pu dire / Tout à son aise : / « Le geai volumineux picorait des pois fins » // Et bien ! non, mes zinfints. / Le poite qui..."  extrait de Innocentines, publié en 1969.

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Devoir sur Table  5e3 QUESTIONNAIRE     /20        NOM :                    Prénom :

     1) Le « plus beau vers »* est en même temps une phrase simple, prouvez-le ici. 1p 

     2) La proposition soulignée comporte trois verbes, comment cela est-il rendu possible ? Citez trois phrases simples…sans aucun verbe ! Dites quel est leur mot noyau, comment peut-on alors appeler ces phrases de deux manières ? 3p

     3) Citez une phrase complexe en expliquant comment vous l’identifiez comme telle. 2p

     4) Donnez quatre exemples de liaisons de mots opérées par le narrateur dans le texte avec une insistance moqueuse sur les formes plurielles, qui se font bien entendre. Quel passage du texte évoque ces liaisons sonores ? 2p

    5) Relevez des extraits en lien avec les sens suivants : la vue, l’ouïe, le toucher, le goût. En quoi les éléments choisis renforcent-ils ici un aspect prosaïque ? (très concret, qui peut sembler le contraire de « poétique ».) 2p

     6) Ce texte vous paraît-il drôle ? tragique ? parodique (en parodie-imitation par exemple de vers romantiques « C’était l’heure tranquille où les lions vont boire » de Victor Hugo) ? dramatique ?  En quoi constitue-t-il une sorte de saynète de théâtre qui aurait comme lieu une salle de cours ? Justifiez vos réponses. 2p

      7) Pour définir la qualité d’un vers, les éléments liés à l’analyse des sonorités, retour de voyelles en assonances ou de consonnes, vous paraissent-ils essentiels ? Par quoi pourrait-on compléter pour la définir ? Feriez-vous spontanément la recherche d’un beau vers, d’une belle phrase, d’un beau texte, d’une belle idée ? Quel message avec sens et beauté placeriez-vous sur un mur de votre chambre ou dans un répertoire et pourquoi ? 2p

      8) Faire copier cent fois un poème ou un vers de poète vous semble-t-il la manière la plus appropriée de faire apprécier la poésie ? de l’apprendre ? de retenir pour toujours ? 2p

      9) Pensez-vous que l’on puisse écrire avec du sens des poèmes d’un seul vers ? « Et l’unique cordeau des trompettes marines » est un poème-vers de Guillaume Apollinaire, poète mort en 1918. Son titre est « Chantre », publié dans Alcools en 1913. Composez vous aussi un poème d’un seul vers : un monostique ou monostiche sur le thème de la musique avec un titre. 2p

     10) Après calcul de l’âge du poète à l’heure de votre lecture, en années, mois et jours,

écrivez le plus beau message positif que l’on puisse adresser à un écrivain très âgé pour son anniversaire. Cet écrivain a écrit notamment un roman intitulé Le Centenaire « épopée de la mémoire », à la fin des années 1950, et dans les années 1960, une pièce de théâtre Du vent dans les branches de sassafras, parodie d’un western américain et Les Innocentines, « poèmes pour enfants et quelques adultes ». 2p

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     * Définitions    « geai » : oiseau passereau, assez grand. « gélatineux » : qui a la consistance de la gélatine, flasque. « geindre » : se plaindre, gémir. « jasmin » : jolie plante grimpante à fleurs parfumées.    Document forgé par Laurent Dyrek en octobre 2018.

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Bonus :

     Les termes « génie », « délire » témoignent d’un vocabulaire où le poème est insufflé par une inspiration divine : or le travail des mots est en même temps présenté comme un agencement de mots et de sonorités qui semble et conscient et concret. Et ces termes semblent aussi en décalage avec l’humilité ou l’aspect minuscule du thème ou de l’animal, au regard de thèmes essentiels sur la vie, le destin, l’amour, la mort, l’éternité, les grands enjeux de la poésie que peuvent appeler les noms et les caractéristiques, qu’on trouve depuis l’Antiquité grecque jusqu’au rôle de poète-prophète décrit par un Victor Hugo.

    Le poète René qui se moque et des poètes et des commentateurs se plaît aussi à jouer des langues et des nations à longue Histoire : retrouvez ces langues et ces pays qui mêlent linguistique, Histoire et Géographie.

     Ty440 par L3D55

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     Biobibliographie communiquée par « Ecole Directe » aux familles avant le questionnaire sur table :

     René de Obaldia est né en 1918 à Hong-Kong d'un père panaméen (José Clemente de Obaldia), alors consul du Panama dans cette ancienne colonie britannique et d'une mère française. Il fait toutes ses études en France. Mobilisé en 1940, il est fait prisonnier et envoyé dans un camp en Pologne (Silésie). Secrétaire général au Centre culturel international de Royaumont de 52 à 54. Puis, après un court passage comme directeur littéraire aux Éditions P. Horay, Obaldia publie son 1er roman Tamerlan des cœurs (1956) et un second roman, Le Centenaire, "épopée de la mémoire" (1960, Prix Combat). C'est peu après que commence sa carrière dramatique grâce à Jean Vilar qui donne au T.N.P. Génousie, "comédie onirique". Beaucoup d'autres pièces parmi lesquelles Sept Impromptus à loisir, Le Général inconnu, Monsieur Klebs et Rozalie, Du vent dans les branches de sassafras (avec un grand Michel Simon !), La Baby-sitter, Les Bons Bourgeois, assureront à Obaldia une audience internationale. Il a été élu à l'Académie française le 24 juin 1999, au fauteuil de Julien Green. Autres textes : Les Innocentines (1969), poèmes pour enfants et quelques adultes. Exobiographie, mémoires (1993). (d’après le Site internet Poezibao)

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Et un troisième estrambot après avoir lancé une devinette aux élèves de 6e :

 

Pourquoi ce « cent » dans le titre ?

 

     Pourquoi - chers élèves perspicaces et pleins d’audace

Et qui pourrez formuler au risque de l’erreur et de la trouvaille vos hypothèses-

   Vous ai-je montré le nombre « cent » sur cette couverture écarlate

     D’Innocentines ? à l’inouï de l’innocence enfantine

     C’est parce qu’il y a cent pages dans ce livre ?

     Il y en a presque le double…

     C’est parce que son père ou son grand-père il y a cent a fait la guerre - qui sait !

     C’est parce qu’il y a cent chapitres ?

     Ah ah un de plus que les Exercices de Style de l’oncle de Zazie ?

      C’est parce que le livre a été écrit il y a cent ans

Par Apollinaire avant sa grippe sur un pont et au front ?

    Publié, seulement, l’année des premiers pas bond de géant sur la Lune

     C’est parce qu’il y a les 100 mots à sauver de Monsieur Pivot ou Pavot ?

      Non c’est dans le livre de Madame Hassan à prononcer vraiment A100…

     C’est parce qu’il voulait faire entendre la couleur sang avec le rouge sang rouge de la vie rouge de la mort ?    

     Rouge de l’énergie, de l’agressivité, rouge des vers vermillons, cela dit en passant !

     C’est parce que le monsieur qui s’appelle Né ou René il va souffler cent bougies sur son gâteau ?

     Bon et si le gâteau c’était notre cadeau  et vos poèmes les cent bougies…

 

     Texte y448 L3D55 départements 92 et 94 les 19 et 20 octobre 2018.

 

Ce 22 octobre René de Obaldia se dit ébaubi par ses 100 ans ! et cite un proverbe russe : lequel ? Cordi et poeti !